Portrait pro : Bruno Serre, Matte Painter !
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// Dominique Sellier //
vendredi 9 juillet 2010 // 17:01
Jeux vidéos pour Ubisoft, série animée pour le réalisateur des Thunderbirds, cinéma pour Enki Bilal, print pour Brothers in arms, pubs pour Renault, Cartier, Channel 4 ou Nespresso... What else ? Depuis 8 ans, Bruno Serre a décliné toutes les facettes du Matte Painting. Une expertise dont les élèves de la filière animation de Vocation Graphique - ESAN profiteront dès la rentrée prochaine. Et une aubaine à l'heure où les studios américains et anglais recherchent et apprécient les nouveaux talents français dans ce domaine.
Non sans une certaine coquetterie, Bruno se définit volontiers comme le "Guy Degrenne" du Matte Painting : "nul à l'école, toujours derrière." Histoire de faire briller sa carrière ultérieure ? Non, Bruno Serre n'est pas du genre à forcer le trait quand il s'agit de lui. Chaleureux et volubile lorsqu'il parle de sa passion et de son parcours, il semble juste se réjouir qu'à partir d'un certain temps, le conte de fée ait remplacé les premières années de galère. Lorsque l'école, la première, c'est pas ça, on peut opter pour les voyages. C'est ce qu'il fera. Séjour à Montréal, tour de l'Europe en stop avec un ami.... l'humeur est à la découverte de nouveaux horizons. Mais il s'intéresse déjà au dessin et à la peinture et son périple achevé, il intègre l'école des Beaux-Arts de Versailles, spécialisation peinture et options gravures-sculptures. Il en sortira diplômé deux ans plus tard, en 1992.
Trompe-l'oeil, faux marbres, imitation bois, mais dans une maison illustre
Cette première formation, il la complétera par 4 mois d'apprentissage dans une illustre maison qui s'est chargée de la restauration de l'Opéra Garnier et du théâtre de l'Athénée : l'Atelier Merriguet-Carrère. "C'était un lieu génial pour apprendre un métier et faire des exercices comme peindre des trompes-l'œil, des imitations de bois, des faux marbres.... mais c'était aussi une maison qui avait un lourd passé et où les super chefs décorateurs ne donnaient pas facilement leurs trucs." Il faut donc être patient et difficile d'être patient quand on a une petite vingtaine d'années. Une chance, Bruno découvre, "un peu tard", Photoshop et les possibilités qu'il offre en matière de traitement des images. Et comme l'heure est désormais à la modernité, il apprend aussi, peu à peu, à se servir d'un ordinateur. Mais sans délaisser tout à fait le Minitel où il ira chercher les adresses de la centaine de studios graphiques qu'il entend contacter. Son objectif ? "être infographiste et faire de la mise en page." Pari atteint ? Non mais oui. De ce mailing, il ne recevra qu'une réponse négative. Mais c'est cette même entreprise qui le recontactera deux semaines plus tard. Et là, jack pot. Car il ne s'agit pas moins de Ludimedia, filiale d'Ubisoft, entreprise alors nouvellement créée mais aujourd'hui 3° éditeur mondial de jeux vidéos.
Habillage, texturing et direction artistique pour Ubisoft
La raison de ce repêchage ? "Beaucoup de gens connaissaient Photoshop et pas moi, mais ils cherchaient surtout des personnes sachant dessiner et à cette époque, il n'y avait que peu d'écoles formant aux jeux vidéos." Et c'est le début du "conte de fée" : "ils avaient beaucoup aimé mes peintures et mes bandes dessinées et ils me proposaient un salaire qui m'a semblé phénoménal." Avec une contrepartie toutefois, se apprendre les logiciels, en quinze jours. Là, il travaillera à l'habillage et à la texture des deux tout premiers jeux vidéos en 3D, temps réel, dédiés aux courses de voitures : POD et F1 racing, sur un univers futuriste pour le premier et hyperréaliste pour le second. Cela marche "si bien" que dès Mars 1998, il devient directeur artistique du jeu Speed devils. "Ubisoft venait de créer une structure à Montréal et je devais superviser une dizaine de jeunes graphistes, tout juste sortis de l'école." Ces deux années et demi passées à Montréal lui donnent aussi l'occasion de travailler sur des interfaces de menus de jeux ou de réaliser des décors de fond en 3D : "à l'époque, les équipes étaient plus "petites", on devait donc toucher à tout dans ce domaine."
Un book pour Enki Bilal
Mais on ne se refait pas et Bruno a envie de faire autre chose, de "créer ses propres images." Et après Photoshop puis l'ordi, Bruno va maintenant rencontrer le Matte Painting. Utilisé depuis les origines du cinéma, ce procédé permet de peindre un décor, sur une glace jusqu'au début des années 90, en laissant des espaces vides pour permettre l'incorporation ultérieure d'une ou plusieurs scènes de films. A titre d'exemple, il sera utilisé dans le Magicien d'Oz ou dans West Side Story mais c'est avec Star Wars que Bruno le découvre. "Pour moi, faire des Matte Paintings, c'était comme un rêve d'enfant complètement oublié. Se rendre compte que cela se faisait désormais sur ordinateur, c'était comme si le rêve ancien devenait une évidence. " Apprenant qu'Enki Bilal va réaliser Immortal ad vitam, il décide de se constituer un vrai book de Matte Painter. La méthodologie : se balader dans Paris, prendre des photos de bâtiments et les "transformer" (regardez son site). Pris sur le film, il y travaillera finalement au texturing via Maya (décors, véhicules...) et c'est pour Attitude Studio qu'il effectuera en 2003 ses premiers travaux de Matte Painting sur les bandes annonces des jeux Spawn et Kill switch et sur les petits films insérés dans les jeux, les cinématiques.
Matte Painting et camera mapping pour la BBC
Et un an plus tard, une fois installé à Londres, c'est au premier épisode de la série The new captain scarlett qu'il appliquera ses talents de Matte Painter. "C'était l'occasion de travailler sur une reprise en télé d'une série de marionnettes mythiques pour les trentenaires anglais, the captain scarlett mais aussi de me retrouver dans les studios tout aussi mythiques de Pinewood." Qui ne rêverait effectivement d'être dans le saint des saints où ont été filmés la plus part des James Bond, et le tout récent Robin Hood ? La suite de sa carrière le conduira une fois de plus à travailler pour une entreprise très prestigieuse : la Moving Picture Company MPC. Mais aussi à réaliser ce qui restera peut-être son meilleur souvenir professionnel, la collaboration au documentaire Auschwitz: the nazis and the final solution", réalisé par Laurence Rees pour la BBC. "Avec le concours d'historiens, nous devions reconstituer en 3D, les maquettes des camps d'extermination détruits depuis, comme Sobibor. Pour ce travail, nous avons aussi recouru à du camera mapping. En partant d'un élément 3D, cela permet de donner une totale cohérence à la direction de la lumière. Quand on s'inscrit dans une recherche historique, cette technique prend tout son sens."
Difficile de rencontrer une adéquation plus forte entre l'outil et l'objet traité. Le reste sera plus léger mais pas sans intérêt : des publicités pour la BBC, Channel 4 ou Sainsbury's puis du Matte Painting pour un long métrage Happily N'Ever After réalisé à Berlin par Paul J Bolger. "c'était une autre forme de Matte Painting, plus proche de l'illustration."
Pub, des "lapins crétins" aux ciels de Nespresso
Le voyage s'achève de nouveau à Paris en 2006. Aujourd'hui, Bruno continue à y pratiquer toutes les palettes du métier. En intervenant sur des publicités comme Matte Painter (Orange, Renault - "les lapins crétins", Cartier,..) pour lesquels, il reprend, mixe et colle les photos ou comme concept designer (les nuages de Nespresso...) mais aussi en s'orientant "de plus en plus" vers le Print pour le jeu Brothers en arms d'Ubisoft, des projets personnels de couvertures des contes de Perrault ou... la presse adolescente comme Dream up : "c'est un domaine d'application qui implique une autre manière de travailler. Les fichiers sont plus compliqués à rechercher et à manier, parce qu'ils sont beaucoup plus lourds."
Lors des jurys de travaux de fin d'année, Bruno a déjà rencontré les élèves de Vocation Graphique - ESAN. L'occasion de leur prodiguer de premiers conseils "sélectionner, éliminer et mettre en valeur les images retenues." Mais c'est à la rentrée 2010 qu'il leur enseignera le Matte Painting "pur". S'ils vont bien sûr travailler sur la composition ou les nouvelles fonctions de Photoshop puisqu'il a des "idées d'exercices plein les paniers", ils devraient aussi s'atteler à des projets plus personnels : "Mon souhait est de les mettre au plus proche de la vie professionnelle, avec l'obligation d'aller très vite à l'essentiel, de savoir poser les choses, sans se noyer dans les détails."
Saurait-il définir le profil et les qualités du futur Matte Painter ? "Indéniablement, il faut être perfectionniste mais aussi être doté d'une bonne capacité d'analyse visuelle." Après, n'hésitez pas à suivre sa voie : "C'est un milieu qui peut paraître un peu difficile d'accès, il ne faut pas hésiter à créer ses propres images avant d'aller démarcher des entreprises."
Matte painter, enseignant, Bruno est aussi artiste peintre. Mais là, le temps est au questionnement, "work in progress" résume-t-il sobrement. S'il vous faudra attendre pour voir sa prochaine exposition, n'hésitez pas à vous rendre sur son site pour visualiser quelques déclinaisons de ses talents.
www.brunoserre.com
www.serfx.com


Trompe-l'oeil, faux marbres, imitation bois, mais dans une maison illustre
Cette première formation, il la complétera par 4 mois d'apprentissage dans une illustre maison qui s'est chargée de la restauration de l'Opéra Garnier et du théâtre de l'Athénée : l'Atelier Merriguet-Carrère. "C'était un lieu génial pour apprendre un métier et faire des exercices comme peindre des trompes-l'œil, des imitations de bois, des faux marbres.... mais c'était aussi une maison qui avait un lourd passé et où les super chefs décorateurs ne donnaient pas facilement leurs trucs." Il faut donc être patient et difficile d'être patient quand on a une petite vingtaine d'années. Une chance, Bruno découvre, "un peu tard", Photoshop et les possibilités qu'il offre en matière de traitement des images. Et comme l'heure est désormais à la modernité, il apprend aussi, peu à peu, à se servir d'un ordinateur. Mais sans délaisser tout à fait le Minitel où il ira chercher les adresses de la centaine de studios graphiques qu'il entend contacter. Son objectif ? "être infographiste et faire de la mise en page." Pari atteint ? Non mais oui. De ce mailing, il ne recevra qu'une réponse négative. Mais c'est cette même entreprise qui le recontactera deux semaines plus tard. Et là, jack pot. Car il ne s'agit pas moins de Ludimedia, filiale d'Ubisoft, entreprise alors nouvellement créée mais aujourd'hui 3° éditeur mondial de jeux vidéos.
Habillage, texturing et direction artistique pour UbisoftLa raison de ce repêchage ? "Beaucoup de gens connaissaient Photoshop et pas moi, mais ils cherchaient surtout des personnes sachant dessiner et à cette époque, il n'y avait que peu d'écoles formant aux jeux vidéos." Et c'est le début du "conte de fée" : "ils avaient beaucoup aimé mes peintures et mes bandes dessinées et ils me proposaient un salaire qui m'a semblé phénoménal." Avec une contrepartie toutefois, se apprendre les logiciels, en quinze jours. Là, il travaillera à l'habillage et à la texture des deux tout premiers jeux vidéos en 3D, temps réel, dédiés aux courses de voitures : POD et F1 racing, sur un univers futuriste pour le premier et hyperréaliste pour le second. Cela marche "si bien" que dès Mars 1998, il devient directeur artistique du jeu Speed devils. "Ubisoft venait de créer une structure à Montréal et je devais superviser une dizaine de jeunes graphistes, tout juste sortis de l'école." Ces deux années et demi passées à Montréal lui donnent aussi l'occasion de travailler sur des interfaces de menus de jeux ou de réaliser des décors de fond en 3D : "à l'époque, les équipes étaient plus "petites", on devait donc toucher à tout dans ce domaine."
Un book pour Enki Bilal
Mais on ne se refait pas et Bruno a envie de faire autre chose, de "créer ses propres images." Et après Photoshop puis l'ordi, Bruno va maintenant rencontrer le Matte Painting. Utilisé depuis les origines du cinéma, ce procédé permet de peindre un décor, sur une glace jusqu'au début des années 90, en laissant des espaces vides pour permettre l'incorporation ultérieure d'une ou plusieurs scènes de films. A titre d'exemple, il sera utilisé dans le Magicien d'Oz ou dans West Side Story mais c'est avec Star Wars que Bruno le découvre. "Pour moi, faire des Matte Paintings, c'était comme un rêve d'enfant complètement oublié. Se rendre compte que cela se faisait désormais sur ordinateur, c'était comme si le rêve ancien devenait une évidence. " Apprenant qu'Enki Bilal va réaliser Immortal ad vitam, il décide de se constituer un vrai book de Matte Painter. La méthodologie : se balader dans Paris, prendre des photos de bâtiments et les "transformer" (regardez son site). Pris sur le film, il y travaillera finalement au texturing via Maya (décors, véhicules...) et c'est pour Attitude Studio qu'il effectuera en 2003 ses premiers travaux de Matte Painting sur les bandes annonces des jeux Spawn et Kill switch et sur les petits films insérés dans les jeux, les cinématiques.
Matte Painting et camera mapping pour la BBC
Et un an plus tard, une fois installé à Londres, c'est au premier épisode de la série The new captain scarlett qu'il appliquera ses talents de Matte Painter. "C'était l'occasion de travailler sur une reprise en télé d'une série de marionnettes mythiques pour les trentenaires anglais, the captain scarlett mais aussi de me retrouver dans les studios tout aussi mythiques de Pinewood." Qui ne rêverait effectivement d'être dans le saint des saints où ont été filmés la plus part des James Bond, et le tout récent Robin Hood ? La suite de sa carrière le conduira une fois de plus à travailler pour une entreprise très prestigieuse : la Moving Picture Company MPC. Mais aussi à réaliser ce qui restera peut-être son meilleur souvenir professionnel, la collaboration au documentaire Auschwitz: the nazis and the final solution", réalisé par Laurence Rees pour la BBC. "Avec le concours d'historiens, nous devions reconstituer en 3D, les maquettes des camps d'extermination détruits depuis, comme Sobibor. Pour ce travail, nous avons aussi recouru à du camera mapping. En partant d'un élément 3D, cela permet de donner une totale cohérence à la direction de la lumière. Quand on s'inscrit dans une recherche historique, cette technique prend tout son sens."
Difficile de rencontrer une adéquation plus forte entre l'outil et l'objet traité. Le reste sera plus léger mais pas sans intérêt : des publicités pour la BBC, Channel 4 ou Sainsbury's puis du Matte Painting pour un long métrage Happily N'Ever After réalisé à Berlin par Paul J Bolger. "c'était une autre forme de Matte Painting, plus proche de l'illustration."
Pub, des "lapins crétins" aux ciels de Nespresso
Le voyage s'achève de nouveau à Paris en 2006. Aujourd'hui, Bruno continue à y pratiquer toutes les palettes du métier. En intervenant sur des publicités comme Matte Painter (Orange, Renault - "les lapins crétins", Cartier,..) pour lesquels, il reprend, mixe et colle les photos ou comme concept designer (les nuages de Nespresso...) mais aussi en s'orientant "de plus en plus" vers le Print pour le jeu Brothers en arms d'Ubisoft, des projets personnels de couvertures des contes de Perrault ou... la presse adolescente comme Dream up : "c'est un domaine d'application qui implique une autre manière de travailler. Les fichiers sont plus compliqués à rechercher et à manier, parce qu'ils sont beaucoup plus lourds."
Lors des jurys de travaux de fin d'année, Bruno a déjà rencontré les élèves de Vocation Graphique - ESAN. L'occasion de leur prodiguer de premiers conseils "sélectionner, éliminer et mettre en valeur les images retenues." Mais c'est à la rentrée 2010 qu'il leur enseignera le Matte Painting "pur". S'ils vont bien sûr travailler sur la composition ou les nouvelles fonctions de Photoshop puisqu'il a des "idées d'exercices plein les paniers", ils devraient aussi s'atteler à des projets plus personnels : "Mon souhait est de les mettre au plus proche de la vie professionnelle, avec l'obligation d'aller très vite à l'essentiel, de savoir poser les choses, sans se noyer dans les détails."
Saurait-il définir le profil et les qualités du futur Matte Painter ? "Indéniablement, il faut être perfectionniste mais aussi être doté d'une bonne capacité d'analyse visuelle." Après, n'hésitez pas à suivre sa voie : "C'est un milieu qui peut paraître un peu difficile d'accès, il ne faut pas hésiter à créer ses propres images avant d'aller démarcher des entreprises."
Matte painter, enseignant, Bruno est aussi artiste peintre. Mais là, le temps est au questionnement, "work in progress" résume-t-il sobrement. S'il vous faudra attendre pour voir sa prochaine exposition, n'hésitez pas à vous rendre sur son site pour visualiser quelques déclinaisons de ses talents.
www.brunoserre.com
www.serfx.com



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