Ce qu'elle fera plus tard, Sandrine le sait très tôt, vraiment très tôt. À 6 ans elle sait qu'elle sera peintre. Même si elle ne pressent pas encore qu'il s'agira plus d'un projet de vie que d'un projet professionnel. "Le dessin a été mon premier langage naturel" se rappelle-t-elle "dès que j'ai pu, j'ai dessiné et depuis je n'ai jamais arrêté." Après, il faut aussi des parents "forts intelligents qui ont tout fait pour m'encourager" et des rencontres : "j'ai eu la chance de pouvoir travailler avec deux professeurs de dessin qui avaient des approches très différentes, l'une très stricte et fil à plomb, l'autre plus théâtrale."

Belles années aux Beaux Arts de Paris
Et lorsque la passion persiste, on finit par s'inscrire aux Beaux-Arts de Paris, section dessin, après un très court crochet pour s'intéresser à l'histoire de l'art, à Paris I. De son passage dans le sein des seins, Sandrine se souvient de tout. De ses enseignants "Henri Clément et Monique Poncelet qui étaient mes professeurs, chefs d'atelier, en section dessin; François Debord, mon professeur de morphologie" mais aussi des difficultés rencontrées "c'est une école de la vie, il faut apprendre à faire sa place et à s'imposer par rapport aux petits chefs d'ateliers. Savoir argumenter pour s'affirmer." Nonobstant la dureté de cet apprentissage, ces années resteront "les plus belles années" de sa vie. Au point d'y rester un an de plus, une fois son diplôme obtenu en 1992. Puis, c'est le cap au sud pour tenter de contourner le "beaux-arts blues" : "l'école ne prépare pas à la vraie vie, celle des galeries" et Sandrine peint, revient sur Paris et continue à peindre. Et c'est là qu'interviendra sa deuxième "belle expérience" : être engagée à la Comédie Française pour y travailler sur les décors, de 1996 à 1997.

Et tempête à la Comédie française
Déjà formée à la rigueur du savoir-faire des artisans, pour s'être inscrite à la fédération compagnonique des métiers du bâtiment durant ses années Beaux-Arts, Sandrine va pouvoir se colter à tous les matériaux "le latex, la résine", apprendre à jouer avec la lumière, les comédiens et bien sûr les textes. Son meilleur souvenir ? Avoir travaillé sur les décors de La tempête de Shakespeare en 1997. Pour son affinité avec l'œuvre mais aussi la pratique que cela impliquait: "nous avions fabriqué trois tours de livres en polystyrène".
Travailler sur des décors, c'est possible lorsque l'on sait dessiner et peindre. Mais que faire d'autre avec ces compétences ? Pourquoi pas la PAO ? Sandrine s'y essaie. Et travaille 3 ans pour une petite entreprise de presse : "Je faisais beaucoup d'infographie. Cela ne m'a pas déplu mais pas non plus passionné". Et fait aggravant voire rédhibitoire, travailler 60 heures par semaine ne laisse plus beaucoup de temps pour continuer à peindre. Sandrine optera donc pour l'exercice de cette activité en free lance.

Des galeries et des vaches
Et c'est sous cette casquette qu'elle exerce aujourd'hui ses talents de graphiste pour travailler sur des maquettes, des infographies, des illustrations, essentiellement pour la presse régionale ou spécialisée. Ce qui ne manque pas d'intérêt : "j'ai adoré devoir illustrer l'inflammation mammaire des vaches sous forme infographique" reconnaît-elle.
Mais bien sûr le cœur de son engagement, c'est la peinture qu'elle définit comme une "figuration très réinterprétée." "Je fonctionne par série : les portes, les chaises, les cales... Et je torture tout, jusqu'au bout : le sujet, la matière. Je ne sais pas vraiment pourquoi je choisis un sujet mais tout le temps que j'y passe doit lui donner un sens."
Avec le temps, Sandrine a appris à apprivoiser les relations avec les galeries en entretenant parfois de longues relations avec certaines. "On peut arriver à monter une exposition perso tous les 2 ans, sinon, il s'agit plutôt d'expositions collectives. Il faut savoir varier les lieux, exposer dans des galeries mais aussi dans des restaurants, et garder en tête la politique de prix de ce lieu." Si vous souhaitez vous faire une idée plus précise de son travail, rendez-vous dans le 13°, au 10 rue de la Butte aux cailles. Vous pourrez y apprécier une série d'huiles sur papier, intitulée D'innombrables heures et consacrée au thème des chaises. (voir illustrations).

Enseigner l'oeil et la main
Enseignante à Vocation Graphique - ESANA depuis 2004, Sandrine aura pu transmettre sa passion du dessin aux trois filières de l'école. Ce qui ne l'empêche pas d'identifier les besoins spécifiques de chacune de ces filières. "Pour les graphistes, l'important c'est qu'ils aient un oeil. Après, leurs compétences en matière de dessin peuvent être différentes. En revanche, pour la filière animation, c'est plus complexe. Il faut qu'ils aient l'œil mais aussi la main et les techniques."
Pour cette dernière filière à laquelle elle se dédie entièrement depuis la rentrée 2009 et en attendant le nouvel atelier préparatoire aux écoles supérieures d’art en 2010-2011, elle réserve l'apprentissage des fondamentaux à la première année (perspectives, composition, construction d'un objet, modèle vivant, couleurs...). "Pour la deuxième année, j'interviens beaucoup sur les dessins qu'ils ont déjà modélisés. Pour corriger les volumes, la morphologie et tout ce qui est bancal." Une intervention encore plus marquée pour la troisième année : "ils doivent sortir de l'école avec des petits films à montrer en studio. Il faut donc particulièrement travailler le rendu."
Autre activité d'enseignante à Vocation Graphique : animer les ateliers de septembre proposés par l'école, en binôme avec Félicien Viguié. "il s'occupe plutôt des graphistes, moi plutôt de l'animation". Au total, ce sont 3 semaines de travail intensif ouvertes à ceux qui souhaitent intégrer l'école dans l'une de ses filières mais aussi aux aficionados. Un passage que Sandrine recommande fortement aux aspirants : "cela leur donne déjà de petites clés qui faciliteront leur parcours ultérieur."
Beaucoup de travail au finish ? Sûrement, mais Sandrine n'imagine pas de cesser son travail d'enseignante : "C'est important de transmettre et de rester en contact avec la réalité. C'est aussi indispensable comme alternative à l'investissement absolu face à la toile."


Pour en savoir plus, consultez son site internet : le site de Sandrine Wely : www.sandrine-wely.com/