Lorsque l'on prépare un diplôme des Beaux-Arts, c'est parfois pour mener une carrière de graphiste dans la publicité. Mais quand on s'appelle Xavier Mussat, les choses tournent rapidement autrement. Diplôme des Beaux-Arts d'Angoulême en poche, Xavier pratique quelque peu la profession en free lance mais se rend vite compte que ni la ville "petite pour ce secteur", ni son envie profonde de garder sa "liberté d'expression" ne l'aideront à percer dans ce domaine. Le temps d'effectuer son objection de conscience pour une association, d'y découvrir tout ce qui est assisté par ordinateur (la mise en page, le dessin...) mais aussi de participer à la création d'une chaîne de télévision locale, consacrée au suivi de l'événementiel (festival d'Angoulême, musiques métisses...) et c'est le "grand saut" dans la BD.

Créer un nouveau label d'édition de bande dessinée
Retenez bien la date : 1994. Avec quelques amis, Xavier crée un nouveau label d'édition de bande dessinée : Ego comme x. "Notre ambition radicale était de révolutionner la BD de l'époque" se souvient-il "nous voulions nous dresser contre son fonctionnement sclérosé et abolir ce dans quoi elle s'enlisait : une culture très marquée enfance et jeunesse et basée sur la fiction, l'imaginaire et le divertissement. Nous, nous voulions briser ce diktat et raconter de vraies histoires d'adultes, dans une optique intimiste." Au delà du fond, c'est aussi les formes anciennes que conteste le nouveau label : "Nous voulions en finir avec les belles illustrations, fouillées et laborieuses. Comme pour les mangas, nous avons choisi de faire des objets en noir et blanc, rapides à dessiner, pas chers à fabriquer et facile à vendre."
Chance, réponse aux besoins d'une époque, trois labels vont se lancer sur ce nouveau créneau du renouveau de la BD, suivis par de multiples autres. Et y impulser une nouvelle énergie : "On nous disait que notre travail s'apparentait au positionnement de la Nouvelle Vague dans le cinéma, mais je mettrais plutôt ce mouvement en résonance avec l'explosion de la scène punk rock dans les années 80: peu de moyens, une hyper énergie et un discours radical."

Apprendre l’animation avec Kirikou
Qu'en est-il plus de quinze ans après ? La révolution, comme la guerre est finie mais la vision qu'elle portait s'est "démocratisée" : "les éditeurs contre lesquels on se battaient ont ouvert des collections dites indépendantes et ont ainsi infiltré le mouvement, contribuant un peu à la confusion actuelle." Pour sa part Ego comme x n'a pas vacillé. Il a monté son catalogue et publie régulièrement : "sans entrer dans une dynamique de production, juste le nombre de livres nécessaires, en prenant le temps nécessaire à leur production." Mais une seule aventure ne peut satisfaire un passionné comme Xavier Mussat qui vivra en 1996 sa deuxième expérience fondatrice, en intégrant un studio de dessin animé : les armateurs.
Un studio angoumoisin dont il gravira rapidement les échelons. Entré comme "autodidacte" et simple technicien, il y devient DA coloriste et très vite assistant monteur. Cerise sur le gâteau, il travaillera 3 ans avec Michel Ocelot sur le projet de Kirikou et la sorcière. Ses fonctions : l'intégration des animations aux décors, la gestion des cadrages, des mouvements de caméra, des indications du story board. Avec Michel Ocelot, il montera tous les plans. "C'est une expérience fantastique d'avoir appris le métier de l'animation avec cet homme. Cela ma donné une vision de ce qu'était l'intégrité professionnelle." Sans compter le plaisir d'assister au succès de ce film. "On s'attendait à être vu par 500 personnes et on a été cueilli par un écho planétaire."

Sélectionné au Festival d’Angoulême : catégorie meilleur premier album
Mais once again, la boucle est peut-être déjà bouclée pour Xavier qui préfère démissionner : "je savais qu'après cette première expérience, je devrais travailler sur des séries." Next stop ? La réalisation d'une bande dessinée personnelle. Un projet mené "sous apnée" auquel il consacrera 3 ans, après avoir reçu un financement du Centre National des Lettres. Son idée, "monter une autobio consacrée à l'adolescence", donnera lieu à La Sainte Famille qui se verra sélectionnée au festival 2003 de la BD d'Angoulême, dans la catégorie meilleur premier album. Ne la cherchez pas, elle est aujourd'hui épuisée ! S'il sort exténué mais content de ce parcours "j'avais le sentiment d'avoir réalisé une BD utile, pour moi et pour mes lecteurs", il en tire aussi un autre avantage, non négligeable: "Ce temps passé m'a permis de mettre en place un univers graphique qui m'a permis ultérieurement de vivre de ma passion du dessin."
Depuis 2003, c'est donc à l'illustration, notamment pour la jeunesse que Xavier consacre son énergie, avec une production moyenne de 1 à 2 livres par an. A son actif, signalons : l'illustration de "C'est pas sorcier d'être un loup", "Contes et légendes du loup", "Le Moyen-Age sur un plateau"pour les éditions Nathan ou "Le siècle de la révolution industrielle" chez Mango Jeunesse et "Brouillard sur l'Etna" chez Magnard. Sans oublier des couvertures réalisées pour Sciences et Vie junior ou Fleurus Presse. En natif reconnaissant, il a aussi illustré un jeu pour le service culturel de la ville d'Angoulême : un parcours de plus de 20 étapes parmi les monuments disparus. Près de 7 ans dans le même domaine ? Peut-être bientôt une autre boucle à refermer. Avec comme perspective, la réalisation d'une nouvelle BD, dont le sujet est encore secret.

Apprendre à voyager avec un ordinateur, des ciseaux, de la colle…
Entre illustrer pour les jeunes et les sensibiliser à l'illustration, il n'y a parfois qu'un pas. Que Xavier franchira en septembre 2007, en intervenant régulièrement au Centre d'arts plastiques de Louveciennes pour y animer des atelier hebdomadaires de bandes dessinée et de dessin animé. Très impressionnée par ce travail de sensibilisation mené auprès des 8, 12 ans, Vocation Graphique - ESANA souhaitera s'attacher ce talent. Et c'est ainsi que depuis mars 2009, Xavier enseigne à Vocation Graphique - ESANA, les multiples savoir-faire de l'illustration. Mais son ambition y est forcément plus radicale. "Ce que je souhaite, c'est qu'ils ne soient pas prisonniers de tics ou de codes. Il faut qu'ils apprennent à voyager avec un ordinateur mais aussi avec des ciseaux et de la colle." Au programme, des mixages de scanners et de papiers grattés. Entre autres.
Vous souhaitez visualiser quelques-unes de leurs premières réalisations, n'hésitez pas à consulter leurs travaux sur ce blog.

Pour en savoir plus : le site de Xavier Mussat : http://xavier.mussat.free.fr/index.php
le site du centre de Louveciennes : http://louveciennes.canalblog.com/