Portrait pro : Christophe Dentin ou la vidéo comme une palette
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// Dominique Sellier //
mercredi 23 décembre 2009 // 11:01
Art contemporain, musique, cinéma, vidéos, BD romans : Christophe revendique volontiers une curiosité tous azimuts, « le nerf de la guerre » selon lui. Mais depuis la création de Vocation Graphique-ESAN, c'est le design vidéo que cet artiste motiondesigner vient enseigner aux étudiants inscrits en 3e année de Graphisme multimédia - G3 et en 4e année Chef de projet multimédia - G4. Le résultat : à consulter sur le site.« Au départ, je n'avais pas d'idée précise du métier que je souhaitais faire, je savais juste que j'avais envie de faire ce qui me plaisait. » Et ce qui lui plaisait, c'étaient les arts graphiques, avec un goût très vite prononcé pour la vidéo. Une année de prépa à l'ESAG Penninghen, quatre ans à l'ENSAD, section « arts et espace » vont le rapprocher de ces passions : « j'ai pu obtenir une bourse pour intégrer un atelier de la CooperUnion, l'équivalent new-yorkais de l'ENSAD, et j'ai surtout travaillé dans des ateliers de peinture et de gravure. C'est aussi là que j'ai vu arriver les premières palettes graphiques qui permettaient de sélectionner une couleur, de peindre et de retoucher les photos, l'ancêtre de l'ordinateur, et que j'ai utilisé à l'époque comme un équivalent de la peinture. »
Malcom X traverse la mer rouge ?
Formation terminée, Christophe expose dans des galeries parisiennes puis rallie la région toulousaine, commence à exposer ses peintures en galerie mais s'oriente très vite vers les installations, notamment vidéos. Une activité qu'il poursuivra pendant 10 ans. « J'avais monté une structure, activ TV, pour réaliser des performances audiovisuelles avec des intervenants très différents : des designers, des musiciens de la scène électro...Notre travail était très expérimental et, le plus souvent, présenté dans des Centres d'Art Contemporains.» Cela donne lieu, par exemple, à l'intégration de vidéos dans des objets sculptés ou au remplissage d'un espace d'exposition par des structures multicolores (ballons gonflables, boules...) : « Notre idée était de saturer ce lieu et de modifier les rapports spatiaux entretenus avec lui, puisque l'installation se modifiait avec les déplacement des visiteurs. Dans le même temps, un vidéoprojecteur passait des images de dessin animé, retouchées façon gag et un musicien électro jouait en live. » Un film sera réalisé à partir de cette performance puis inclus dans le dispositif. Effervescence créative des années 90 oblige, Activ TV produira aussi le détournement d'une journée télévisée et le détournement des 10 commandements, devenus les 10 télécommandements, et où Malcom X vient endosser les habits de Moïse.
Assembler, récupérer, détourner« Nous souhaitions nous approprier cette culture audiovisuelle et la faire dériver. On s'inscrivait dans le courant du détournement de l'époque mais on s'inspirait aussi de travaux plus anciens, comme ceux de l'américain Eadweard Muybridge sur la décomposition du mouvement. »
De retour à Paris en 2000, Christophe décide de délaisser ce contexte de travail associatif mais poursuit son travail sur la vidéo, en y appliquant toujours les mêmes idées : « assembler, récupérer, détourner, mais maintenant, je travaille plus sur l'idée d'objet d'art que sur une installation. » Si vous souhaitez vous faire une idée plus précise de son travail d'artiste, vous pouvez consulter le site de la (galerie Jean Marie Lelouch ) ou vous rendre à la Galerie Point Rouge qui accueillera l'une de ses expositions du 8 au 28 février prochain.
Dessine moi un motiondesigner
Comme motiondesigner, Christophe crée des habillages graphiques pour la télévision et réalise des génériques de films ou de documentaires : Victor, de Thomas Gilou ou « les enfants de mai 68 », diffusé sur F5. « Pour Victor, j'ai fait les dessins au trait noir, style naïf. Ils sont ensuite reproduits sur ordinateur et vectorisés. Puis, je pose la couleur et je définis les principes de l'animation, un peu comme un directeur artistique. C'est un spécialiste de l'animation qui réalisera ensuite l'animation proprement dite. » Et pour aboutir aux 20 secondes en trichromie – noir, blanc, orange- des « enfants », il faut compter entre une semaine et 10 jours de travail. Pour faire la recherche graphique, constituer une documentation, définir les tendances graphiques, travailler la typographie, sélectionner et monter les images vidéos, assembler et animer le tout : « sans oublier toutes les étapes des validation, en cours de projet. »
Une fois encore, vous pourrez apprécier ses réalisations en vous rendant à la Cité des sciences de la villette, puisque ces créations sur Newton et Einstein font désormais partie des collections et sont accessibles depuis les bornes interactives. Si ces dernières se fondent sur des collages inspirés des Monty Python, l'inspiration sait parfois être beaucoup plus classique pour coller aux besoins de clients comme Decathlon, Sofitel, Essilor ou Danone.


De l'éveil créatif à la professionnalisation
« Quand j'enseigne aux étudiants de niveau G3 à Vocation Graphique-ESAN, mon but, c'est de les ouvrir à la créativité. » Pour cela, ils devront passer 4 étapes : l'initiation au logiciel After effect; la réalisation d'exercices créatifs et conceptuels « ils devront travailler sur les oppositions visuelles entre chaos et ordre et traduire cette opposition par une animation »; la création d'un habillage pour une chaîne de télévision « pour qu'ils soient dans la peau d'un directeur artistique, en agence » et la conduite d'un projet de A à Z « comme l'habillage d'une émission politique sur l'écologie qui a été réalisé l'année dernière. »
Avec des étudiants de quatrième année, on passe à des objectifs et à un rythme différents. « Pour leur faire réaliser un clip de 2 minutes sur le thème de la ville, ils ont été organisés comme dans un studio; avec des groupes (trucquistes, scénaristes, graphistes..). Et en voyant toutes les étapes de la conception à la réalisation, ils se sont retrouvés en situation de projet réel.»
Il semblerait qu'ils aient apprécié ce projet. Apprécierez-vous ce qu'ils ont fait ?
Pour en savoir plus, son site : http://christophedentin.free.fr/
Galerie Point rouge : 4, rue du Dahomey Paris 11°

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