Opter pour une formation en école d'art était une évidence pour Valérie, pourtant dit-elle « J'étais une ultra littéraire, pétrie de mots, de sciences humaines et de philo., ce que je suis toujours ! » « Le monde des images a son intelligence particulière, bien loin des mots » : ce fut donc un apprentissage lent, puis l'acceptation progressive que son travail de future graphiste suivrait une démarche « ultra analytique ». D'un handicap faire une force, analyser en amont, puis "se lâcher" au moment de la création : c'est ce qu'elle apprend à l'École des Arts Décoratifs de Paris. C'est alors la rencontre avec certains maîtres ou complices, Philippe Apeloig, Rudi Meyer ou François Vermeil ; et la typographie, une discipline nourrie de joie et de rigueur. Cette passion pour la typographie l'a fait hésiter sur le chemin à suivre au sortir de l'école : « Je me voyais plutôt opter pour la scénographie ou l'illustration mais François Vermeil m'a tôt communiqué sa passion du signe. Il m'a aussi sensibilisée à la place du graphiste dans le corps social. J'étais très sensible à cette approche, car à l'époque, j'étais déjà très "politisée". Plus tard d'autres professeurs m'ont un peu fait "déchanter" sur ce point. Après une respiration de un an, au Mali (avec le soutien de Jean Rouch, de feu le Musée de l'Homme), je suis passée "dans le camps" du multimedia, où, me semblait-il, on y faisait moins de grand discours, mais on était dans une démarche plus humble de recherche. »
Loi d'airain du travail et premiers clients déjà fidèles, Valérie Voyer choisira donc le graphisme qu'elle pratiquera très vite au sein d'un collectif : Le Pasquebeau. « Notre motivation était double. D'une part, nos débuts ont coïncidé avec la fin de la bulle internet : fonder un collectif nous permettait de mutualiser certaines dépenses, inévitables lorsque l'on s'installe.. Mais surtout nous ne voulions pas avoir une démarche d'artiste isolé : nous avions besoin d'être critiqué par des personnes venant d'autres disciplines. Cela suppose une estime réciproque, tant personnelle que professionnelle. C'était un collectif à "géométrie très variable", autour de Suzanne Touvay (Suzy Chic, designer, plasticienne et auteure jeunesse), Hélène Binoux (dessinatrice), et moi (graphiste, typographe, illustratrice, plasticienne), il y a eu Luz Blanco (plasticienne), FRouge (photographe et plasticien), Laurence Poitou, etc.»
Depuis septembre dernier le collectif est dissout. Le PasQueBeau est aujourd'hui un atelier de création visuelle, qui se nourrit toujours autan des rencontres et échanges avec les autres… d'une autre manière ! Le tout nouveau site arrive bientôt.

Graphiste à la ville
Dans sa pratique professionnelle, Valérie Voyer s'attaque aux nombreuses facettes du métier de graphiste : multimédia, identité visuelle, design d'espaces, illustration, édition ou affiches, mais souhaite poser ses limites : « Pas de publicité, rien qui approche de près ou de loin "de la vente d'inutile". C'est socialement nuisible et cela produit généralement de bien mauvais signes. Mon métier est d'informer, de prêter à penser, à rêver, à se parler. Je suis "passeur", c'est tout. » Un choix simple ? Pas toujours, mais elle s'en est donné les moyens « Au début, j'ai fait beaucoup de prospection avec peu de retours. Puis des clients que j'avais choyés me sont restés fidèles, et il y a eu du bouche-à-oreille. En sachant refuser et en "tenant", cela vient avec le temps.» Ténacité aidant, Valérie travaille maintenant beaucoup pour des collectivités territoriales ou sociales (mairie de Paris, Amnesty International, etc.) : réalisation d'expositions, habillages de stands, communication grand public, illustration : « Travailler dans ce domaine permet de poser la question du graphiste comme porte-voix. C'est un acteur qui s'inscrit dans une réalité collective. Et cela aboutit à une autre question : comment se situer dans l'espace urbain sans le polluer ? Pour cela, on peut opter pour des partis pris visuels forts mais il faut éviter les procédés répétitifs et les mécanismes promotionnels, souvent basés sur l'utilisation de clichés.»
Son autre cheval de bataille ? L'édition pour enfants, sur laquelle elle peut être intarissable. « Pour ma part, c'est l'école, les livres, quelques instituteurs ou professeurs qui font que plus tard "j'ai eu le choix". Dans le domaine de l'édition jeunesse, les graphistes disposent de beaucoup de moyens discrets pour encourager la lecture et aider à la structuration d'une pensée en devenir. Un livre est pour moi "une machine de guerre" comme le pense Deleuze, le lieu de la création et de l'autonomie d'une personne » Un intérêt sans cesse renouvelé qui l'a amené à poursuivre une collaboration régulière avec les Éditions Didier Jeunesse, mais aussi Gallimard Jeunesse, Hatier, Gawsewitch, etc. Son titre de gloire ? Avoir été la directrice artistique d'un manuel de deuxième cycle, pour les éditions Hatier : « Un travail discret, fastidieux par certains aspects, ardu : indispensable »

Enseigner les méchantes règles
À Vocation Graphique, elle est bien sûr enseignante, mais elle s'est aussi occupée de la communication globale de l'école depuis sa création : graphisme du site internet, du blog, des brochures. « La difficulté, c'est d'avoir une double cible: des élèves qui maîtrisent les codes d'un graphisme contemporain et des parents qui ne les maîtrisent pas. » L'idéal serait de satisfaire les deux mais Valérie Voyer avoue avoir choisi le camps des élèves. Élèves auxquels elle souhaite dispenser une formation progressive « En première et deuxième année, exit photoshop et retour à la main. C'est le moment de faire un apprentissage physique des outils mais surtout de découvrir leur propre personnalité graphique. Je les pousse à se mettre à l'épreuve, à éprouver leur densité. J'essaie de leur enseigner qu'il y a de la joie dans l'exigence, que ces deux termes ne sont pas incompatibles, mais bien au contraire, qu'ils se conjuguent à l'infini ! À la fin de la deuxième année, puis les suivantes, je les amène à la professionnalisation : savoir comprendre un brief, formuler des questions pertinentes à un client, préparer un fichier. Là encore, la rigueur, la méthode, l'exigence permettent de se consacrer sur l'essentiel : la création »


Graphiste, directrice artistique, illustratrice, plasticienne, enseignante, militante... pas l'occasion de chômer - juste le temps de vivre.


Pour vous faire une petite idée de ses réalisations, n'hésitez pas à consulter son site : www.lepasquebeau.com