Shakespeare à l'heure de Lazone
Son travail de recherche, il le consacrera aux langages argotiques des banlieues, qu'il nomme « les parlures ». « Mon objectif, c'était de donner de la visibilité à des parlers moins valorisés. Les dégethoiser en les mettant en valeur, graphiquement. Avec en point de mire, une question : Peut-on se réapproprier les grands textes avec une police traduisant cette démarche ? »
Première étape de ce travail : cartographier ces parlers, les analyser et les classer. Dans un deuxième temps, il cherche des applications rendant compte des phénomènes linguistiques identifiés (inversion des mots, absence de voyelle...) en travaillant avec une linguiste, spécialiste de la phonologie, Henriette Walter : « il s'agissait par exemple de trouver une traduction graphique pour l'inversion « keuf », à l'instar d'une pratique déjà utilisée en poésie par le mouvement Ulipo. » Au finish, il créera une typographie Lazone « plus ou moins accentuée, plus ou moins lisible, pour traduire les diversités de l'argot » mais aboutira à un constat : l'impossibilité d'utiliser cette typographie dans la réalité.

Cygne ou pas cygne « Passer d'une idée à une application concrète, se confronter à un client, c'est la base de notre métier et il y aura toujours cette tension entre la fonctionnalité et l'art. » Il arrive que le défi soit relevé comme en témoigne la collaboration qu'Elamine mènera avec Philippe Apeloig pour revisiter la communication visuelle du théâtre du Châtelet. « Nous avons réussi à imposer qu'une police soit utilisée comme identité du théâtre. Dans le cadre d'une identité graphique préalablement définie, nous définissions un caractère pour chaque saison. Nous avons tenu pendant 2 ans puis on a dû réintroduire l'image. Est-ce que le lac des cygnes est vraiment visible sans cygne ? Notre choix n'était peut-être pas lisible mais il était visible. Peut-être était-ce un positionnement un peu élitiste? »
Une question que ne se pose pas Elamine lorsqu'il s'agit de réaliser une typographie destinée à relayer un message. « Dans ce cas de figure, ce qui compte, c'est le message. Pour un théâtre, on peut faire passer de l'émotion mais s'il s'agit d'une campagne, le message ne doit pas être brouillé. Et les deux notions clés à appliquer sont la lisibilité et l'intelligibilité. »

Aider la lecture : 90% du travail d'un typographe
C'est ainsi qu'il participera à un appel d'offre portant sur une campagne de communication de l'INPES, destinée à sensibiliser les utilisateurs aux dangers du portable. « Dans ce type de travail, la typographie doit servir à structurer et à hiérarchiser l'information. Et ce cas de figure représente 90 % du travail d'un typographe, même si les étudiants sont souvent plus attirés par l'expérimentation. »
Fort de ce constat, Elamine s'attache à sensibiliser les élèves de Vocation Graphique aux aspects fonctionnels et concrets de la typographie. Au programme : les familles de caractères, le vocabulaire, le rapport texte-image, la construction d'une grille de mise en page ou les choix à effectuer en fonction d'une sortie papier ou écran. Une formation qui n'exclut pas totalement l'expérimentation. Chaque élève doit créer un chiffre et une lettre qui aboutiront, en fin d'année, à un poster alphabétique de typographie.
Par goût de l'objet et de la lettre, Elamine souhaiterait aller encore plus vers l'édition. « Pour les finitions, les détails ».

Pour en savoir plus sur son travail, rendez-vous sur son site : www.maecha.eu






Les tribulations d'un typographe en typograhie (Lazone)

















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