Portrait pro : Elamine Maecha, la typographie au service d'une émotion ou d'un message
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// Dominique Sellier //
lundi 7 décembre 2009 // 16:47
Des mots et une typo pour le dire.« Moins le travail du typographe est visible, plus il est réussi ». Ce credo, Elamine Maecha, enseignant et designer graphique, tente depuis 3 ans de le transmettre à ses élèves de 3e année filière graphisme multimédia (G3), à Vocation Graphique. Une discipline qui ne l'aura pas empêché de jouer avec la typo et les lettres, qu'il s'agisse de travailler sur un projet de signalétique pour l'orchestre philharmonique de Strasbourg ou de participer à la redéfinition de la communication visuelle du théâtre du Châtelet, avec Philippe Apeloig.
Designer ? Architecte? Enseignant ? Elamine n'exclut rien à l'heure de choisir sa première orientation. Assez sérieusement tenté par une carrière de normalien, c'est finalement « un peu par hasard » qu'il s'orientera vers le graphisme et passera un BTS « édition, multimédia », à Lyon. La première étape d'une longue carrière d'étudiant puis de chercheur. « J'aurais pu travailler immédiatement à l'issue de cette première formation parce qu'elle m'avait donné un socle technique et que les étudiants se faisaient directement démarcher par les agences de pub. Mais ce que je souhaitais, c'était expérimenter, jouer avec la typo et les lettres. » Ses pas le porteront alors vers l'ESAD (école supérieure des arts décoratifs) de Strasbourg dont il sortira diplômé, 3 ans plus tard.
En résonances avec l'orchestre
« Choisir l'ESAD m'a permis de sentir les choses au travers de projets concrets comme le projet de signalétique pour l'orchestre philharmonique de Strasbourg.» Le défi : créer une typographie traduisant la résonance particulière d'un orchestre philharmonique Et ce, du parking au choeur, en passant par l'entrée du théâtre. « La grande difficulté, c'était de partir d'une idée qui n'était pas délirante et de la traduire dans la pratique réelle. On a dû se confronter aux résonances différentes de matériaux comme la résine, le plastique ou le béton mais aussi aux règles de sécurité. » De ce travail naîtra une nouvelle typographie : Résonances.
Délaissant momentanément la typographie, Elamine passera quelques temps à la SMFA (School of the museum of fine arts) de Boston pour s'intéresser à la vidéo et à la photo. De retour en France et son cursus achevé, son envie de rechercher et d'expérimenter n'est toujours pas assouvie. Il tentera donc d'intégrer l'ANRT (atelier national de recherche typographique) de Nancy. Et après avoir été reçu au concours d'entrée (5 heureux élus...), il restera un an dans cet établissement dirigé par Peter Keller. Jusqu'à sa fermeture à laquelle il assistera « la mort dans l'âme ».
Shakespeare à l'heure de Lazone
Son travail de recherche, il le consacrera aux langages argotiques des banlieues, qu'il nomme « les parlures ». « Mon objectif, c'était de donner de la visibilité à des parlers moins valorisés. Les dégethoiser en les mettant en valeur, graphiquement. Avec en point de mire, une question : Peut-on se réapproprier les grands textes avec une police traduisant cette démarche ? »
Première étape de ce travail : cartographier ces parlers, les analyser et les classer. Dans un deuxième temps, il cherche des applications rendant compte des phénomènes linguistiques identifiés (inversion des mots, absence de voyelle...) en travaillant avec une linguiste, spécialiste de la phonologie, Henriette Walter : « il s'agissait par exemple de trouver une traduction graphique pour l'inversion « keuf », à l'instar d'une pratique déjà utilisée en poésie par le mouvement Ulipo. » Au finish, il créera une typographie Lazone « plus ou moins accentuée, plus ou moins lisible, pour traduire les diversités de l'argot » mais aboutira à un constat : l'impossibilité d'utiliser cette typographie dans la réalité.
Cygne ou pas cygne « Passer d'une idée à une application concrète, se confronter à un client, c'est la base de notre métier et il y aura toujours cette tension entre la fonctionnalité et l'art. » Il arrive que le défi soit relevé comme en témoigne la collaboration qu'Elamine mènera avec Philippe Apeloig pour revisiter la communication visuelle du théâtre du Châtelet. « Nous avons réussi à imposer qu'une police soit utilisée comme identité du théâtre. Dans le cadre d'une identité graphique préalablement définie, nous définissions un caractère pour chaque saison. Nous avons tenu pendant 2 ans puis on a dû réintroduire l'image. Est-ce que le lac des cygnes est vraiment visible sans cygne ? Notre choix n'était peut-être pas lisible mais il était visible. Peut-être était-ce un positionnement un peu élitiste? »
Une question que ne se pose pas Elamine lorsqu'il s'agit de réaliser une typographie destinée à relayer un message. « Dans ce cas de figure, ce qui compte, c'est le message. Pour un théâtre, on peut faire passer de l'émotion mais s'il s'agit d'une campagne, le message ne doit pas être brouillé. Et les deux notions clés à appliquer sont la lisibilité et l'intelligibilité. »
Aider la lecture : 90% du travail d'un typographe
C'est ainsi qu'il participera à un appel d'offre portant sur une campagne de communication de l'INPES, destinée à sensibiliser les utilisateurs aux dangers du portable. « Dans ce type de travail, la typographie doit servir à structurer et à hiérarchiser l'information. Et ce cas de figure représente 90 % du travail d'un typographe, même si les étudiants sont souvent plus attirés par l'expérimentation. »
Fort de ce constat, Elamine s'attache à sensibiliser les élèves de Vocation Graphique aux aspects fonctionnels et concrets de la typographie. Au programme : les familles de caractères, le vocabulaire, le rapport texte-image, la construction d'une grille de mise en page ou les choix à effectuer en fonction d'une sortie papier ou écran. Une formation qui n'exclut pas totalement l'expérimentation. Chaque élève doit créer un chiffre et une lettre qui aboutiront, en fin d'année, à un poster alphabétique de typographie.
Par goût de l'objet et de la lettre, Elamine souhaiterait aller encore plus vers l'édition. « Pour les finitions, les détails ».
Pour en savoir plus sur son travail, rendez-vous sur son site : www.maecha.eu

Les tribulations d'un typographe en typograhie (Lazone)

Un espace à faire résoner.

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