« En France, la culture du design numérique passait mal » se souvient Benoît Drouillat, président de Designers Interactifs : «Pour ceux qui travaillaient dans ce domaine, il était très difficile d’expliquer à la fois concrètement et simplement en quoi consistait leur métier.»
Et, ce d’autant plus, que la méconnaissance concernait à la fois le numérique et le design.

Définir les métiers et éclairer les pratiques, c’est donc à cette double tâche que s’attelle l’association dès sa création. Avec une volonté clairement affichée de « faire bouger les lignes » : « Non seulement nous souhaitions que le design soit plus associé à un process qu’à un objet mais nous souhaitons aussi faire comprendre que le design numérique va bien au-delà d’un habillage graphique » souligne Benoît Drouillat, « dans ce métier, on a tendance à penser que la question de l’interface se réduit au graphisme, mais ce n’est que la couche superficielle.
Concevoir des interfaces c’est aussi concevoir un plan, des pages, un story board... »
Pour mener à bien ce travail d’éclaircissement, l’association a misé sur le rassemblement de professionnels aux parcours très différents. Et fédère aujourd’hui plus de 200 personnes : des designers, salariés ou non, des écoles, des agences et des entreprises ayant recours au design numérique, sous toutes ses formes (téléphone, objets connectés, interfaces web, jeux vidéos, etc.)

Workshops, fiches métiers, conférences et....Pecha Kucha
Au premier rang des outils développés par Designers Associés, se trouvent les workhops. Chaque mois, les participants se réunissent dans un bar pour discuter d’un thème donné, présenter leurs projets, expliquer leur méthodologie et échanger avec les autres.
« En partant de ce dispositif léger qui requiert peu de préparation préalable, nous effectuons des synthèses, peaufinées ultérieurement par wiki, qui nous permettent de créer les fiches métiers » explique Benoît Drouillat.
Fierté de l’association, ces fiches métiers ont été regroupées dans un livre blanc de 94 pages, distribué à 1000 exemplaires. Aux 10 métiers déjà présents dans la version 2008, la version 2009 a ajouté ceux de motion designer, web designer et développeur web.
Les années à venir verront-elles naître une cohorte de nouveaux métiers ?
Difficile à prédire estime Benoît Drouillat : « il n’y aura pas forcément de nouveaux métiers mais une même personne pourra être conduite à en exercer plusieurs. Aujourd’hui, le grand point d’interrogation, ce serait : Peut-on être designer après 35 ans ?
Ce qui pose aussi la question de la pauvreté de la formation professionnelle continue en France.
Thème sur lequel, l’association aimerait engager une grande réflexion, notamment avec les écoles. »

Deux outils sont venus compléter la palette mise en place par Designers Interactifs pour mieux faire connaître le domaine et les personnes qui y travaillent.
Les conférences et les tables rondes permettent d’approfondir une thématique, le design sonore, par exemple. « Nous nous appuyons pour cela sur le réseau des entreprises intégrées dans l’association » indique Benoît Drouillat, « en mai dernier, un designer de l’IRCAM nous a présenté ses recherches sur les voitures électriques, qu’il convient de sonoriser car elles sont dangereuses quand les piétons ne les entendent pas. »

Mais la star des opérations, dont l'association des Designers Interactifs est partenaire, c’est Pecha Kucha. Concept déniché au Japon et adapté à la France depuis 2007. Reprenant les formats du speed, le concept de départ est simple : durant une soirée, 12 designers vont se présenter.
Chacun disposant pour cela de 20 images de 20 secondes. Soit un total d’un peu plus de 6 minutes. « Notre idée était de confronter des personnes appartenant à des univers très différents » rappelle Benoît Drouillat « pour qu’ils puissent présenter un travail en public mais aussi expliquer vraiment leur processus de création. » De rencontre « un peu melting pot », l’outil s’est presque converti en institution.
« Aujourd’hui, le magazine Etapes en est partenaire éditorial, et contribue à la définition de la ligne éditoriale, au choix des thèmes et à la sélection des personnes. »
Au menu d’une représentation ? L’espace, par exemple. « L’espace sous toutes ses formes » précise Benoît Drouillat « avec la participation d’un architecte, d’un scénographe mais aussi d’un spécialiste de la 3D en architecture, d’un photographe et d’un graphiste, tous deux spécialisés dans ce domaine. »
Sujet prémonitoire pour Pecha Kucha.
500 personnes assistent aux séances parisiennes et le Divan du Monde devient « un peu petit » reconnaît Benoît Drouillat. D'autant que l'association ambitionne d’y rassembler 2 000 participants à l’avenir.

Pour en savoir plus et les contacter, consultez leur site : http://www.designersinteractifs.org/, vous y trouverez aussi des offres d’emploi.