Vocation Graphique : Vous avez été l’un des fondateurs de REX Design il y a plus de 10 ans, quels étaient vos objectifs à l’époque ?
Ont-ils changés aujourd'hui ?
Gustavo Piqueira : Quand nous avons démarré Rex il y a 11 ans, notre but était assez simple. Permettre au studio de vivre pour créer quelque chose de satisfaisant. Aujourd’hui, cela peut sembler assez simple mais quand nous avons démarré, nous n’avions aucune expertise en matière de management ou d’investissements financiers. Nous étions des mômes, à peine sortis du collège. Nous avons loué un petit local.
C’était déjà une tâche très difficile...
Maintenant, fort heureusement, les buts sont un peu différents. Mon objectif principal est de continuer à faire grandir le studio - notre équipe compte actuellement 35 personnes – et de développer de gros projets. Sans cesser d’être un designer ni de développer des projets plus expérimentaux.
Je ne souhaite surtout pas être juste le « propriétaire » ni même le directeur de la création de Rex. Je veux toujours me « colter » aux nouveaux projets (pas tous les projets bien sûr), mais à ceux qui me semblent les plus stimulants pour moi-même.
Je veux m'assoir à mon bureau, démarrer un projet et le finir. Ce qui a aussi été une tâche difficile pour moi. Mais en travaillant chaque jour un peu plus que ce que le médecin aurait pu me recommander, j'y suis parvenu.

Vocation Graphique : Qu'est-ce qui vous a conduit personnellement au graphisme ?
Quels sont les mouvements ou les personnes qui vous ont influencé ?
Gustavo Piqueira : Je ne sais pas très bien...Quand j'étais jeune, j'aimais dessiner. Mais je suppose que quand j'ai réalisé qu'en devenant graphiste, mon travail pourrait être imprimé 100 000 fois et que je pourrais parler avec 100 00 personnes, cela a certainement dû me sembler beaucoup plus intéressant que d'être peintre ou quelque chose de cet ordre.
L’autre raison qui m’a décidé à choisir cette profession c’est qu'en étant graphiste, on doit être capable de comprendre beaucoup d'univers très différents.
On peut dessiner la couverture d'un livre « classique », le matin; travailler au packaging d’une pâte dentifrice destinée aux enfants chinois, l’après-midi. Et le soir commencer à réfléchir à l’identité corporate d’une entreprise, telle qu'un musée.
Il est impossible de s’ennuyer en étant graphiste. C’est aussi la meilleure manière de connaitre, vraiment, le monde dans lequel nous vivons.
Les gens, leurs valeurs. Même si elles ne sont pas toujours estimables.

Vocation Graphique : Vous dites souvent que « Dans un monde où l’on peut tout acheter, il faut partir de son environnement le plus proche ». Cette phrase influence-t-elle votre manière de travailler? Comment ?
Gustavo Piqueira : Elle l'influence à 100 %. J'ai le sentiment que le fait d'être passé au travers de tant de transformations (technologiques, informatives) au cours des dernières décennies a habitué les personnes à construire leur personnalité comme elles construirait leur garde robe.
Aller juste dehors pour faire son marché – des vêtements ou des idées – pour eux, ce n'est pas un problème.
Il me semble donc important de regarder son propre environnement. C 'est pour moi, la seule manière de parler de sa propre voix.
Et cela ne vaut pas que pour les graphistes.
Loin de moi l'idée de défendre une forme de cécité vis-à-vis du reste du monde. Il me semble seulement, que quand vous créez quelque chose, mieux vaut éviter de voler les autres, ne serait-ce qu'une référence visuelle. Mieux vaut prendre ce dont vous avez besoin dans votre propre jardin.
Je crois que Voltaire disait quelque chose de semblable il y a quelques centaines d’années.

Vocation Graphique : Vous nous dites que vous ne savez toujours pas ce qu'est un graphiste brésilien.
D’après vous, il y a–t-il un graphisme européen ? Un français ? Quelles personnes l'illustreraient ?
Gustavo Piqueira : Pour moi, la question brésilienne à moins à voir avec une identité nationale qu'avec le stéréotype omniprésent du Brésil : les plages, le foot, la samba, le sexe. Donc, si vous êtes brésilien, la plupart des étrangers attendent de vous que vous soyez dans cette humeur là. Comme si nos vies n’étaient qu’une année de carnaval. Peut-être que tous les graphistes – au moins les bons – ont, quelque part dans leur travail la marque d'une identité qui peut être mise en relation avec le lieu dont ils viennent.
Toutefois, le plus important pour moi, c'est que cela n'est pas forcément en relation avec un stéréotype.
Peut-être que la France, (et toute l'Europe de l'ouest) a déjà laissé ses stéréotypes derrière elle, mais pas le Brésil.
Lors d'une conférence, j’ai rencontré un designer de Nouvelle Zélande qui partageait cette opinion.
Il était réellement fatigué que les gens lui demandent pourquoi son travail ne semblait pas suffisamment « néo-zélandais »
Dans le monde dans lequel on vit aujourd'hui, il est important d’oublier ces clichés folkloriques en ce qui concerne les pays ou les régions les plus jeunes ou les plus pauvres. Les choses ont changées.
Enormément.

Vocation Graphique : Rex Design semble travailler beaucoup dans le domaine de l’illustration des livres.
Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier ?
Gustavo Piqueira : En réalité, nous travaillons dans de nombreux domaines du graphisme. Il me semble que les travaux réalisés qui m'ont rendu le plus fier sont ceux dont je pensais que je ne serais pas capable de les faire. Comme ma première couverture de livre, mon premier packaging, et ma première illustration de livres pour enfants...Cela me maintient en éveil pour chercher de nouveaux espaces de travail et connaître de nouveau ce sentiment de penser « Oh mon dieu, je n'avais jamais fait cela avant ».
Cette année par exemple, j’ai commencé à réaliser de petites vidéos et à écrire des articles pour un journal. C’était énorme pour moi et j’en ai été fier, même si je sais que je suis un débutant dans ces deux domaines. Je suis fier de tous les projets qui m’ont fait dépasser mes limites de départ.

Vocation Graphique : Il y 8 ans Rex design a lancé une campagne Arial NO destinée, selon vos dires, « à lutter de manière humoristique contre la banalité dans le graphisme »? Vous proposiez même des tee-shirts à l'effigie de ce slogan à qui réfléchirait sur le sujet?
Qu'en est il de cette campagne aujourd'hui ?
Gustavo Piqueira : c’était juste une plaisanterie montée il y a 2 ans. Les gens ont pris cela beaucoup trop au sérieux.

Vocation Graphique ? Quels conseils donneriez-vous à de jeunes graphistes débutant dans la « carrière » ?
Gustavo Piqueira : Le plus important est que vous aimiez travailler dans le graphisme et pas seulement que vous l'admiriez.
Cela peut vous paraître anodin mais cela ne l’est pas. Quand vous ne faites qu’admirer le graphisme, vous faites un contresens complet sur ce que signifie vraiment « être un graphiste ».
Les graphistes devraient être amoureux du processus de développement des projets, pas seulement du résultat final.

Pour en savoir plus : consultez le site de REX Design : www.rexnet.com.br
Le Graphisme d'Échirolles : www.graphisme-echirolles.com